Architecture et Urbanisme : Union pour une réalité idéale
Une oeuvre fragmentée implantée sur le sol lyonnais. Une oeuvre qui témoigne de la pérennité d’une empreinte architecturale sur une ville, d’une rencontre inédite à grande échelle entre l’architecture et l’urbanisme pour donner forme à ce qui restera à l’état de projet: la Cité industrielle(1).
“Façade principale à redans de la Halle Tony Garnier, autrefois connue sous le nom des Abattoirs de la Mouche (1906-1932). Réhabilité en 1987, le bâtiment abrite depuis des évènements culturels. Exemple caractéristique des bâtiments industriels modulables de la fin du 19ème siècle, ici en béton, fer et verre”
Tony Garnier a dominé la scène architecturale lyonnaise durant les trente premières années du 20ème siècle, et c’est à travers les Grands Travaux réalisés pour la Ville qu’il a tenté de donner partiellement vie à sa cité utopique. Avec elle, il donne une vision globalisante, cohérente et mesurée de la ville moderne du début du 20ème avec pour ambition de libérer cette dernière des maux entraînés par l’industrialisation et de proposer une solution aux mal-logés et sans-abri. Une véritable mise en abyme urbaine qui prévoit d’abriter pas moins de 35000 habitants et qui pose les fondements de l’architecture et de l’urbanisme modernes: l’emploi généralisé du béton, le toit-terrasse pour le gain d’espace habitable, le zonage avec un découpage fonctionnel et organique de la ville dont le cœur serait l’Industrie. Garnier propose une tripartition de l’espace urbain : les bâtiments publics et les habitations (ici collectives et pavillonnaires), un complexe industriel, un complexe sanitaire. Les Abattoirs de la Mouche à Gerland, l’Hôpital de Grange Blanche ou le Stade de Gerland et les HBM des Etats-Unis(2) illustrent de façon parcellaire cette conception tripartite de la ville. L’architecte-urbaniste prévoit de relier les différentes fonctions urbaines entre elles par des axes de communication associés à des espaces verts, les voies piétonnes étant pensées indépendamment des voies routières. Cette idée fait ainsi référence au Parkway, développé par Olmsted(3) pour le projet de Central Park(4) et reprise par les CIAM(5) dans la Charte d’Athènes(6). Un pionnier, une véritable source d’inspiration pour les futurs Modernes, Tony Garnier a donné à voir une esthétique et une idéologie singulières et propres au patrimoine architectural de Lyon.
Quartier d’habitation des Etats-Unis (1919-1933). Architecture en béton armé.
Façade principale à 6 niveaux, 3 baies dont bow-windows dans la partie centrale.
A.L.D
1 Tony Garnier (1869-1948), Une Cité industrielle, « Etude pour la construction des villes ». Paris, P. Sers, 1988.
L’architecte-urbaniste conçoit les plans de sa cité industrielle entre 1901 et 1904
2 Les Abattoirs de la Mouche (1906-1932) dont il demeure aujourd’hui la Halle Tony Garnier, l’Hôpital de Grange blanche (1911-1933) aujourd’hui Hôpital Edouard Herriot, le Stade de Gerland (1914-1926) le Quartier des Etats-unis (1919-1933).
3 Architecte-paysagiste américain (1822-1903).
4 Créé entre 1857 et 1873.
5 Congrès internationaux d’architecture morderne. 10 congrès ont eu lieu entre 1928 et 1956.
6 Rédigée durant le CIAM IV à Athènes en 1933.