Elle toise Lyon de ses deux tours, s’ancre dans le paysage comme une sentinelle surplombant les flots de la Saône et les flux des lyonnais. On jurerait qu’elle a toujours été là tant son image s’est imprimée dans nos rétines car dès lors qu’on lève les yeux, pour peu que l’horizon ne soit pas obstrué de béton, le regard glisse et s’accroche à cette crête ciselée de rocs et de métal. Et si cette dame est plutôt du genre narcissique et se plait à être admirée de toute part, c’est que le blanc de ses murs n’est jamais aussi bien ressorti que sous le crépitement des flashs des touristes venus la visiter. Quel succès pour une oeuvre pourtant inachevée et que l’on commence déjà à rénover.
Inachevée? L’idée paraît incongrue et il faut là aller regarder de plus près les nombreuses statues et frises qui ornent les façades pour s’en apercevoir. La construction, initiée en 1872, s’est faite en anticipant les futures sculptures et ornementation : pour construire la basilique, des blocs taillés ont été “empilés” les uns sur les autres, certains dépassant du mur, en saillie, taillés grossièrement pour être sculptés une fois la construction achevée. Sauf qu’une fois terminé le “gros oeuvre” douze ans plus tard, seule une partie des blocs ont été sculptés et les autres sont encore aujourd’hui dans leur état d’origine…
Rénover? Il le faut car bien qu’inachevée, après plus de 130 ans d’existence, la belle a bien besoin d’un petit lifting. L’étanchéité des toitures et des tours ont été refaites, certaines poutres étaient si rouillées qu’il a fallu les remplacer, les ardoises de la toiture ont été changées et toute la charpente métallique au dessus des combles a été nettoyée et entretenue. C’est dans cet espace de 1200 mètres carrés qu’est conservée une impressionnante collection de moulages en plâtre. Plus de 900 « modellos », maquettes préparatoires des sculptures de la basilique, nous sont parvenus aujourd’hui. Les sculpteurs les emportaient avec eux sur le chantier pour s’en servir de modèles en reportant les proportions sur les blocs de pierre préparés à cet effet. Afin de mieux protéger ces rarissimes témoins, la Fondation de Fourvière a profité cet été de la fin des travaux de la couverture pour mener une campagne de reconditionnement sur la collection.
Un édifice religieux, toujours en travaux après plus d’un siècle, au coeur d’une ville européenne…ce n’est pas sans rappeler la Sagrada Familia à Barcelone (je vous le concède, la classe de Gaudi en moins pour Fourvière).


















