Le silence des sirènes – Eduardo Basualdo

XIe BIENNALE D’ART CONTEMPORAIN DE LYON : Petite interprétation d’une oeuvre.

 

 

 

Le silence des sirènes (El silencio de las sirenas) – Eduardo Basualdo

Rien qu’à l’évocation du titre de l’œuvre, qui n’a pas en tête l’image sordide d’une sirène morte sur son rocher ? Puis, après quelques pas dans la salle où est exposée l’installation de l’artiste argentin Eduardo Basualdo, « Le silence des sirènes », on reste pétrifié d’émotion, vidé d’imagination, devant ce bassin à même le sol, qui ressemble à un cratère lunaire. Le bassin était en train de se vider quand je suis rentrée : une sorte de cratère inversé, une sorte de trou noir qui aspire un liquide verdâtre, couleur lagon croupi mais étonnament transparent. Aucun bruit à part quelques glou-glous et les pas des autres visiteurs. Le silence règne. Pas de sirène bâillonnée ou en grève de leur fameux chant, celui qui a causé tant de dégâts dans la commauté des marins. Pourquoi se sont-elles tues ? Où sont-elles parties ? Mais ont-elles été là à un moment donné ? Ont-elles déjà existé ? Est-ce cet orifice étrange qui les a aspiré ? Même si on n’a jamais porté spécial intérêt à la cause de nos amies mi-femmes mi-poissons, leur absence glaçante dans cette pièce, leur silence trop présent nous serre la gorge. On s’inquiéterait presque pour leurs tristes sorts.

Jusqu’à ce qu’une fois le bassin vide, l’eau jaillisse par ce large trou, toujours pas d’effet magma en fusion mais l’impression d’un trop-plein. Et d’un fluide rouge le bassin est submergé, comme si du sang des belles créatures l’eau était mêlée. Puis il tourne au vert jusqu’à ce qu’il soit enfin plein. Les sirènes sont-elles là, dessous, englouties par la bouche d’un sacré monstre abyssal qui une fois rassasié, vomi le plasma des nymphes des mers ?

Puis le méchanisme est inversé et il se vide de nouveau, aspirant en premier le liquide rouge, laissant stagner encore quelques minutes l’eau verdoyante bien que limpide…

Il ne semble rester plus qu’une eau salie, polluée. Voilà peut-être la cause de la disparition de la belle voix des sirènes – la faute humaine. L’artiste sonnerait-il une alarme pour l’état des nos lacs, rivières, mers et océans ? Montrerait-il poétiquement que  nos activités industrielles mettent en danger la biodiversité sous-marine ? Les sirènes, celles qui en ont déversé du sang dans les mers sont maintenant attaquées par les résultats néfastes du monde que les hommes ont fait tourner. Et même si leur sang est attirant, autant que l’a été leur voix, nos larmes ne peuvent que couler face à ce triste désarroi. L’artiste a su saisir et sublimer leur terrible beauté, même celle que la mort a fait (re)naître.

 Nota Bene : l’œuvre a été produite pour la 11ème biennale, elle a été créée in situ – c’est à dire dans son lieu d’exposition. Il semblerait aussi qu’il soit possible de traverser ce bassin pour aller sur les petits îlots centraux – quel point de vue original pour écouter le silence des sirènes ! Pour faire ces diverses expériences, il faut donc aller à La Sucrière et y retourner… mais ça, on ne vous le dira jamais assez !

Toutes les photos sont des vues de la biennale d’art contemporain de Lyon
A voir à La Sucrière jusqu’au 31 décembre 2011.  
- Crédits Agathe W.

Plus d’infos : http://www.biennaledelyon.com/

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