Manola, du graff de fille qui en a

Gamine, on lui a mis un pinceau entre les mains, depuis, Manola peint. En grandissant, elle arpente les rues de Marseille, sa ville d’origine, admirant les graff, s’interrogeant sur qui aurait bien pu en être les auteurs.

Un soir, elle entend le bruit furtif d’une bombe : “cling-cling-psshh”. Elle saute sur le graffeur, Sal.T, lui demande comment il faisait et si elle peut l’observer. En 1998, après avoir travaillé pour le shop de bombes Koma Sound Kartel, elle commence à peindre avec différents crews (NAV, C4, FCP) et les graffeurs Asha du crew H2o et Homek. Ces derniers deviennent ses camarades de vadrouilles nocturnes pendant lesquelles elle court les dangers du vandale avec ses flops et ses tags, motivée par l’adrénaline, laissant sa trace partout où elle passe… Les rencontres avec le graffeur Pref (NAV) et ceux du crew DMV lui sont d’une bonne influence : ils lui offrent une nouvelle dimension du graff et des nouvelles motivations, notamment en la poussant à faire de la peinture de terrain et des persos.  Très colorées et dynamiques, ses fresques représentent des persos aux traits fins, influencées par ses origines mexicaines, dit-elle. Elle se fait une bonne place au milieu de tous ces mecs et vit même de ses peintures fût un temps.

En 2007, Manola est invitée par le graffeur Lime au festival L’Original à Lyon. Elle tombe amoureuse de la ville et s’y installe. Elle est peu inspirée par la scène lyonnaise où elle ne retrouve pas l’esprit du graff marseillais mais un système plus lié au “fame”. Graffer de manière fusionnelle avec quelqu’un lui manque : “que nos délires, même différents, collent trop bien. Au final, tu vois la fresque et tu te dis “wah putain” !”

Bus peint avec Lime

En 2011, Manola a participé au festival Boomrush pour lequel elle a peint un camion. Le contrôle policier lyonnais, l’ambiance du milieu et la saturation des quelques espaces dédiés au graff sont des raisons pour lesquelles elle s’est tournée vers une autre activité, qui suit en quelque sorte la même logique. Au lieu de marquer la peau de la ville, elle encre celle des lyonnais qui font confiance à son talent. Le tattoo est une passion qu’elle a depuis son premier, effectué à 12 ans, à Tahiti, à la dent de requin, un vrai de vrai, quoi ! La politique du “j’en ai chié, tu en chieras”, suivie par les tatoueurs réputés, hostiles aux novices, pourrait en récalcitrer plus d’un, mais malgré les discours cassants, Manola persévère et aimerait ouvrir un studio, un jour. Et on lui souhaite car en plus d’être adorable, elle le mérite – on la prie de nous donner l’adresse, bien sûr !

Agathe W.

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