Lucio Bukowski, un son qui claque dans nos tympans

Pour détromper tous ceux qui pensent encore que seule la musique électronique a droit de cité dans les productions lyonnaises de qualité, MIIY a rencontré Lucio Bukowski, rappeur éclairé dont le nom évoque à juste titre une certaine idée de la poésie.

Lucio est né à Villeurbanne en 1983. Il passe son enfance à Saint-Priest. En bon bobo de base (ça n’engage que moi, je laisse MIIY en dehors de ça), on pose le cliché : rien d’étonnant à ce qu’il baigne dans la culture rap, il habite dans un quartier. On s’attend donc à voir, comme il le dit lui-même si bien, « un trou du cul de plus monté sur bulles d’air ». Rien à voir.

Lucio Bukowski est un mec tranquille, posé, humble et baraqué. Il a commencé à écrire au lycée, et n’a jamais cessé depuis. Bon bien sûr il avait appris avant, genre comme toi, au CP, mais la chose s’est développée en lui de façon singulière. Il commence par écrire des poèmes « sans formes » (sic), des textes truffés de jeux de mots et d’assonances, des ébauches de textes de rap. Il découvre Dylan Thomas, un écrivain gallois dont le style donne une bonne idée de sa façon d’aborder l’écriture, et de sa démarche artistique en général. Avec Lucio, les mots ne sont pas que le simple moyen d’exprimer une idée, une théorie ou un sentiment ; ils possèdent, mis côte à côte, une mélodie intrinsèque, belle et naturelle, si bien que la langue devient musique, les images s’animent d’elles-même, sans entraves, instruments d’une liberté qui nourrit et stimule l’imaginaire. La magie de la poésie opère.

Conscient du pouvoir qui est désormais le sien, Lucio se lance dans le slam puis dans le rap dans les années 2004-2005, plus par besoin de partage que par perspective de succès. En 2006, il commence à travailler avec Imao, un groupe de rap/fusion composé de vrais musiciens, ceux qui jouent avec des vrais instruments. De son propre aveu, cette période lui fait faire de gros progrès au niveau musical, car il est alors obligé d’adapter son flow et ses textes aux rythmes composés par ses compères. Sa passion pour le jazz trouvera bientôt dans la proximité de la batterie et des cuivres du groupe Abigoba une source où s’abreuver, et son inspiration profitera également des bienfaits de cette rencontre. De leur collaboration naît le titre Underground sensitivity, et comme le groupe de free jazz tourne beaucoup, Lucio en profite pour découvrir les joies de la scène.

C’est en 2008 qu’il croise le chemin de l’inévitable Oster Lapwass, producteur et beat-maker de talent. Avec d’autres rappeurs lyonnais, dont Anto et Kacem Wapalek, ils font depuis quelques temps des vidéos et les balancent nonchalamment sur Dailymotion. Lucio rejoint le mouvement. Quelques années plus tard et en combinant les différentes vidéos (plus d’une cinquantaine), la bande d’Oster, aujourd’hui dénommée L’Animalerie, dépasse allègrement les 3 millions de vues (rendez-vous sur le site http://www.osterlapwass.fr/ pour en savoir plus sur ces joyeux drilles).

Lucio en profite pour placer un featuring retentissant avec Anto, intitulé L’éloge du vagin. On aurait pu trouver ça gras et facile, mais à l’écoute c’est drôle et subtil, les punchlines efficaces caressent l’oreille plus qu’elles n’offensent la raison. Les thèmes classiques du rap (sex, meufs, égo-trip) sont ainsi revisités par le sieur Bukowski dans des textes incisifs mais légers, parfois provocants et toujours pertinents, composés de phrases courtes et de rythmes saillants.

En 2010 sort Ébauche d’un autoportrait raté, produit par Oster Lapwass et comprenant différents featurings, dont celui évoqué plus haut et que je vous livre ici avec aplomb :

Lucio continue sa route vaille que vaille, et, dans la grande famille de la musique lyonnaise, il demande alors le beat-maker Milka, avec qui il collabore à la sortie de deux maxis : Lucio Milkowski volume I et II en 2011.

 

Il rencontre enfin Nestor Kea (« Le Nestor kéa ou plus simplement Kéa (Nestor notabilis) est une espèce de perroquet montagnard endémique de Nouvelle-Zélande. Son nom commun tire son origine de son puissant cri : « keee-aa ». »  copié-collé de wikipédia, rien à fout’ !) qui, dans un autre style, manie avec génie la MPC et autres outils électroniques, et ensemble ils enfantent -quel émouvant miracle que celui de la vie !- plusieurs titres dont les deux bijoux que voici :


Lucio aime à partager ses lectures (et croyez-moi, elles sont nombreuses), ses coups de cœur artistiques, ses références. On trouve ainsi dans ses textes de nombreux noms, connus ou moins, qu’il serait bon pour l’avenir de l’humanité de rendre communs. Voilà ce qu’il y a de merveilleux dans sa musique, elle donne envie de lire, d’aller au musée, de rire et de pleurer.

Parmi les nombreux projets qui tournent en boucle dans la tête du rappeur/poète, on note avec enthousiasme la publication de romans et de recueils de poésie, but ultime d’un art dont l’écriture est à la fois la base et le sommet. Mais en attendant, les amateurs de musique urbaine se jetteront avec frénésie sur l’album Sans signature, déjà « dans la boite » et prévu pour le mois de mars.

Lucio Bukowski, un artiste à découvrir absolument !

Louis H.

ps : en cadeau la vidéo de coït interrompu réalisée par overcome, pour le double plaisir de tes yeux et de tes conduits auditifs

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