Ödland

Les trains possibles combattent l’impossible.
Rencontre avec Alizée et Lorenzo, deux membres du groupe Ödland.


Rencontre donc le 24 janvier, dans un bar à Saxe Gambetta, lieu que Lorenzo considère : “comme un peu glauque, mais charmant “. En effet, le lieu s’inscrit dans la longue histoire des PMU français, la bière est pas chère mais elle sent le fromage, le patron un peu rustre, mais on est à l’aise. A la découverte du lieu, j’ai le sentiment que l’entrevue va être captivante.

Ödland, groupe indépendant et bohème, naît il y a un peu plus de trois ans. Lorenzo et Alizée se rencontrent au journal de leur lycée : elle était la rédactrice en chef, lui, le dessinateur. Elle est comédienne, il étudie le graphisme, l’architecture et la musique. S’ajoute au groupe Léa, violoniste et sœur d’Alizée, et Isabelle, photographe, qui a appris la musique avec Ödland. Elle joue du Ukulélé notamment.

La musique leur permet de faire tout ce qu’ils aiment. Entre création musicale et visuelle, ils forment un monde cohérent et hors du temps. La création vidéo donnent les clés pour comprendre leur musique, ils ne trichent pas et s’inspirent des mondes festifs et itinérants des cinémas de Fellini et Kusturica.

Ödland signifie désert en allemand ; au fur et à mesure, le groupe lève le voile sur les diverses significations de cette appellation jusqu’à ce que Lorenzo découvre cette foret éponyme en Suède, mystique et magique, en accord avec leurs personnalités.

Dès le départ, cette bande de joyeux musiciens a pour projet d’être acoustique. Dans une ère ultra-numérique où les sons électroniques demeurent au centre de la création musicale, eux, revendiquent leur formation classique et le vivant. Ils prônent un retour aux choses anciennes, souvent oubliées par la musique actuelle en puisant leurs inspirations dans la musique du XIX eme siècle, comme le romantisme, le néoclassicisme russe et le ragtime, ancêtre du jazz.

Du Nord au sud: Plongeon dans un passé idéal et idyllique

Ödland a soif de savoir. Ces musiciens font évoluer leur création artistique de jours en jours en s’inspirant de leurs expériences quotidiennes et  travaillant à une vitesse impressionnante. Les sonorités du piano, violon et Ukulélé s’entremêlent. A cela s’ajoute Alizée, la voix du groupe, qui complète le genre atypique en chantant ou déclamant les textes écrits par leurs soins.  C’est un mélange de sonorités, une sorte d’ovni dans le PMF ( paysage musical français ) et ça fait du bien !

Leur dernier album Sankta Lucia s’inspire ” des Europes “. L’été dernier, le groupe a voyagé pendant cinq semaines, depuis les rives antiques de la Grèce jusqu’en mystique Laponie.
“Il y a tellement de spécialistes qui nous bassinent avec l’Europe toute la journée. Pour nous, c’est de l’ordre du ressenti. On dépeint l’Europe de chacun. S’approprier des petites choses intimes, des souvenirs de bonheur ou de malheur. Plus on voyage, plus on échange, plus on se comprend.”  affirme Lorenzo et Alizée lors de l’entretien.
Europe vaste et difficilement réductible en un seul projet, ils ont alors pioché des choses qui leur ressemblent au niveau de l’acoustique. Ainsi, afin de vivre ensemble ce voyage que Lorenzo avait fait seul au préalable, ils partent avec leur studio-roulotte pour écumer ces différentes contrées européennes et de réaliser une chanson par ville.

La chanson :”Trains possibles” se déroule entre Auschwitz, Pologne et Kaunas, Lituanie nous dévoile une facette du groupe plus engagée. On découvre un univers où les mots sont fort, parfois cinglants, pour dépeindre une facette sombre de l’histoire. (Le clip est très beau et les plans en Lituanie extrêmement enivrants)

Même si ils restent pas mal ancrés dans le passé, en chinant dans les brocantes et les friperies, le groupe ne se nourrit pas de mélancolie. Parler du passé permet de comprendre le présent. “L’Europe, en tant que vieux continent, à une histoire très riche, et il est nécessaire d’en parler”.

Pas de dates prévues en France pour le moment, Ödland part jouer en Allemagne dans des galeries et pleins de petits lieux qui leur ressemblent.
On guette alors leur prochaine date lyonnaise, et pour patienter, on peut se procurer leur album, partitions et autres objets sur leur site : www.ödland.fr

Un nouveau clip en photo animée est en phase de réalisation (par Lorenzo et son colocataire, Vincent Pianana), une histoire de train sur un bateau en pleine mer Baltique. Alizée est dans un lit, dans une chambre tangente où tous les meubles se déplacent. La chambre est un wagon dans un train qui se déplace sur des montagne russes.

Pas de sonorités  sans images, pas d’images sans théâtralité, pas de théâtralité sans poésie.  Ödland, c’est de la musique sépia, pas de la musique d’antan. Un étonnant alliage des époques.
Une vogue indémodable justifiée par  l’immense talent des musiciens, de nature bohème et cosmique.

Yasmine I.

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