Vous êtes au courant il fait plutôt froid en ce moment. Dans des temps sombres et difficiles, notre esprit combatif et ingénieux nous commande de trouver des occupations pour combattre ce terrible phénomène météorologique et occuper notre week-end. La plus répandue consiste à s’installer confortablement devant sa télé ou sa console, mettre le chauffage à fond quitte à enrichir encore un peu plus EDF et GDF, s’enfouir sous un plaid ikea et ne plus quitter son poste. Mais à MIIY, comme on est super originaux, on a plutôt choisi de braver le « froid polaire » dont on nous rebat les oreilles depuis une semaine pour se rendre au Périscope et y applaudir Hawa et sa bande, à l’occasion de leur passage à Lyon pour la tournée de l’album My little green box. C’était samedi soir et c’était… chaud !
On arrive un peu à la bourre, apéro oblige. Heureusement le concert n’a pas encore débuté, on va même avoir le temps de choper un truc à boire – à ce propos il est à noter que le Périscope propose des tarifs défiants toute concurrence, il est par exemple tout à fait possible de ressortir épave pour 15 balles. On prend place parmi la foule, non loin de la scène. La salle est comble. Les musiciens arrivent sur scène, immédiatement suivis des deux choristes et de Hawa.

Après de rapides présentations, le concert démarre. Le premier titre est une reprise d’un grand classique de la soul, histoire de mettre le public dans l’ambiance. Clairement ça fonctionne, on est charmés, on applaudit sans ménager ses mimines en décongélation. La salle n’a pas besoin de plus pour se chauffer, les visages autour de nous affichent de grands sourires, les musiciens aussi. Hawa enchaine alors avec I was born to love, morceau au titre évocateur. Ça continue crescendo dans l’excitation, on n’arrive plus à retenir ses jambes, une furieuse envie de danser s’empare de nous. Ce sera comme ça jusqu’à la fin, presque deux heures après, avec le sublime et dernier morceau de l’album Full of love. Trois rappels (s’il vous plait !) plus tard, dont le génial et prometteur The best is yet to come avec Mr President (Bruno « Patchworks » Hovart, le bassiste), on ressort trempés et enthousiastes du Périscope où on était arrivés frigorifiés. Le concert était tout bonnement fantastique, on entend partout des « tu voyais qu’ils prenaient un plaisir incroyable » et autres « dieu que c’était bon ». La seule chose qu’on peut reprocher à Hawa et ses musiciens, c’est la bonne crève qu’on va choper en sortant transpirants de ce pur moment de bonheur.
Plus tôt dans la journée, la chanteuse avait eu la gentillesse de répondre à nos quelques questions. Arrivés un peu en avance, on observe le ballet des musiciens et techniciens sur la scène du Périscope ; Hawa n’est pas encore là. Elle arrive quelques minutes plus tard, à l’heure précise du rendez-vous (elle!) accompagnée de ses deux inséparables choristes et amies. Ces trois là travaillent ensemble depuis dix ans, et la complicité qui les unit est aussi perceptible sur scène qu’en dehors. Elle prend le temps de saluer tout le monde puis nous fait signe de la suivre. On s’installe à une table quelque peu à l’écart. Simple et souriante, Hawa possède néanmoins un charisme de diva. Ses gestes lents et mesurés, sa voix chaude et son regard franc impressionnent. Du coup on n’a pas osé lui poser de questions trop persos. De toute façon Hawa n’aime pas trop parler d’elle, c’est une femme principalement humble et travailleuse, qui « ne se monte pas le bourrichon » (sic). Ah oui, elle a un talent fou aussi. Morceaux choisis :

MIIY : Pourquoi as-tu choisi de te nommer Hawa ?
Hawa : C’est mon prénom, tout simplement, enfin mon deuxième prénom.
MIIY : Certaines chansons ont un son très reggae roots, d’où est-ce que ça vient ?
Hawa : Oui un technicien m’a dit un jour qu’il s’attendait à voir sortir Peter Tosh de derrière un rideau (rires). Mon père était DJ, il passait beaucoup de Reggae et de Soul, mais il m’a également fait découvrir le rap par exemple. Public Ennemy à 10 ans, j’te jure que tu trouves ça violent.
MIIY : Tu as d’ailleurs tourné un peu avec des groupes de rap lyonnais, mais dans cet album, où peut-on ressentir cette influence du rap ?
Hawa : Plutôt dans le flow et les rimes, je pense par exemple à Trickery shit.
MIIY : Dans cette chanson tu parles des baratineurs, est-ce que ça vient d’une expérience personnelle ?
Hawa : Non pas particulièrement, mais bien sûr que quand tu écris des chansons tu fais un truc personnel. Je traite dans mes chansons de sujets qui me tiennent à cœur, par exemple So wrong parle des enfants-soldats. Je me base sur l’actu, les infos, la politique. Mes chansons expriment plus un état d’esprit, une philosophie de vie que des histoires proprement autobiographiques.
MIIY : À propos d’écriture, tu continues d’écrire en ce moment ?
Hawa : Oui.
MIIY : Il y a donc un deuxième album en préparation ?
Hawa : Oui, j’espère.. (sourire)
MIIY : Ça fonctionne plutôt bien pour toi en ce moment, tu penses récolter enfin les fruits de ton travail ?
Hawa : Non, tout ça c’est que du bonus. J’ai la chance de pouvoir partager ma passion avec les gens et d’avoir fait les bonnes rencontres. J’ai fait un album dont je suis fière, ça aurait pu arriver plus tôt, mais je pense que c’est bien comme ça, que les choses arrivent quand elles doivent arriver. Chanter c’est un plaisir avant tout, je n’en fais pas un objectif avec un plan de carrière, d’ailleurs je travaille toujours à plein temps à côté. Mais si je peux en vivre un jour, c’est clair que je serai contente de me consacrer uniquement à ça.
MIIY : Tu as le trac pour ce soir ?
Hawa : Non pas encore, j’adore être sur scène, mais quand le public est pour beaucoup composé de la famille, des amis… les émotions sont plus difficiles à canaliser, mais ça reste toujours un réel plaisir .
MIIY : Tu aimerais dire quelque chose aux lyonnais ?
Hawa : Ben, je pense qu’il faut qu’on arrête de complexer. Il y a beaucoup de très bons musiciens ici, ça se développe de plus en plus, ce n’est pas qu’une simple ville de province, on fait aussi de la bonne musique à Lyon.
MIIY : Merci beaucoup de nous avoir accordé un peu de temps Hawa, et bon concert.
Hawa : Merci à vous, et à tout à l’heure !

Née d’un père burkinabé/sénégalais et d’une mère française, Jennifer Zonou grandit à Mâcon, tout près de chez nous. Son père, DJ de profession, a tôt fait de remplir ses oreilles de toutes sortes de sons groovy, de la Soul au Reggae, en passant par le Jazz et la musique africaine. Sa mère quant à elle est plus orientée Pop/Folk américaine, et apporte à sa fille une certaine sensibilité par le biais des mélodies et des paroles de chanteurs tels que Rickie Lee Jones.
Lourdement armée de ces influences, Jennifer débarque à Lyon à sa majorité. Elle rencontre vite les rappeurs d’IPM (Impact Par les Mots) et bosse avec eux entre la fin des années 90 et le début des années 2000, avant de rejoindre une chorale de gospel. Ce sera une révélation pour celle qui n’a jamais fait de solfège ; elle « découvre sa voix » (sic) et commence à collaborer avec des artistes du milieu Hip-Hop lyonnais tels que Casus Beli ou Dialect Music. Elle rejoint ensuite la chorale Heritage Soul et forme le duo Nu-Soul Ebony Source qui se retrouvera entre autres en première partie de Diam’s. Ça va…
Par l’intermédiaire de Raphael Chambouvet, pianiste pour la chorale sus-nommée et avec qui elle travaille sur un projet solo, elle signe alors chez Favorite Recordings. Le label héberge, parmi beaucoup d’autres excellents artistes, un bassiste et producteur nommé Bruno Hovart, aka Patchworks. Celui-ci est immédiatement attiré par la voix de Jennifer et lui propose de lui écrire plusieurs chansons, à la seule condition qu’elle écrive ses textes en anglais. Hawa relève le défi et en 2011 sort son premier album, My little green box, dont voici le premier single du même nom :
Voilà pour une courte biographie, tu peux en apprendre plus sur Hawa, Patchworks et les autres en visitant le site de Favorite Recordings, là : http://www.favoriterec.com/
Longue vie à Hawa !
Louis H.