Live Report : DJ Deep & Agoria au Ninkasi

Samedi dernier était riche en évènements. On était super hésitants sur le choix de notre soirée : Christopher Rau au DV1 ou Agoria et DJ Deep au Ninkasi. Notre choix s’est porté sur ces derniers, à tort ou à raison. De toute façon on allait apprendre quelques heures plus tard la mort de Whitney Houston.

00h15 on attend dehors. La queue, assez longue, avance plutôt vite. Les personnes n’ayant pas leur place sont appelées à rentrer, les listés doivent rester à l’entrée.

00h45 c’est la queue du vestiaire. Là où on pourra poser toutes nos affaires, oublier le froid et ENFIN aller apprécier les sets tant attendus, DJ Deep et Agoria réunis dans la même soirée, on avait hâte. Deux gars viennent de nous doubler dans la queue. De bonne humeur, on les laisse faire. Lorsque c’est notre tour, BIM, la fille du vestiaire nous annonce qu’il est plein. Sympa, on obtient d’elle qu’elle prenne au moins la parka de notre photographe déjà bien chargé de son matériel. Il est presque 1h00 on peut rentrer, la salle est à moitié pleine, DJ Deep est derrière les platines, le son bat son plein.


00h55, DJ Deep amorce sa passation de platines et nous envoie un morceau aussi planant qu’excitant, il le travaille, nous fait monter et nous redépose gentiment. Le fameux DJ et producteur deep house parisien n’a rien plus rien à prouver depuis de longues années. Ses dates se font aussi rares que privilégiées : la tête du label Deeply Rooted House, qui est aussi le co-créateur du mixeur portable « DJR400 », sait être là où il faut et quand il faut. À ce moment là de la soirée, on savoure, on apprécie. On l’avait pas vu depuis la fois à L’Ambassade l’année dernière, cette fois-ci dans un espace plus grand et accompagné d’Agoria, ça devrait être vraiment bien.

1h00 tout pile c’est Agoria qui reprend les platines, le DJ est bien connu du public local et est de suite acclamé. Une aussi longue carrière à son actif, de nombreuses productions mais aussi un label dont il est le co-créateur : Infiné. 15 min pour se mettre en jambes, il commence à mixer “à sa façon”, Agoria est tel qu’on le connait ici. Des voix arrivent doucement, lente progression qui nous procure le plaisir de ce son à la fois chaud (le sien) et refroidissant de basses (retour à la deep).

1h48 il nous rappellera très subtilement à la voix de Carl Craig, en remixant « Spechless » d’Agoria. Les quelques premières minutes sont méconnaissables, mais les gémissements profonds et graves du maître rejoignent lentement ceux d’une femme, les cymbales et le rythme, une excitation commence à nous parcourir le ventre et l’esprit. A ce moment c’était Agoria invitant Craig et repris par Deep – une réunion de maîtres -, ça prend et c’était drôlement bon ! On profite à fond de ce moment rare et fort en émotions. JC, premier adepte de l’esprit Deep, souligne le caractère inédit d’un tel évènement, c’est vrai que c’était beau et on était vraiment contents.



L’ellipse commence à partir d’1h40. Une fatigue se fait sentir et l’idée de ressortir dans le froid pour une cigarette ne nous ravit pas. La mezzanine est officiellement devenue la zone fumeur de la soirée depuis le moment où nous sommes arrivés. On décide de s’en griller une mais assis au fond, histoire de la jouer discret. Rivée à mon écran de portable lors de ma prise de note, une main vient heurter mon visage, d’une façon étrangère et quelque peu vive : un membre du personnel de la sécurité. Il me demande ce que je fume, je lui réponds que ce n’est pas un pétard, du coup il me la rend et s’en va. Un peu sonnée, il faut que dans la foulée, un quadra du quartier d’en face vienne m’aborder d’une façon beaucoup trop familière, pour que je décide de prendre mes affaires et rejoigne notre photographe. Les retrouvailles sont d’autant plus réjouissantes que lui, en shooting, se délectait encore du mix de DJ Deep. On profite à fond de ce moment rare et fort en émotions. JC, premier adepte de l’esprit Deep, souligne le caractère inédit d’un tel évènement, et c’est vrai que c’était beau.

2h00 : Agoria reprend les platines. On comprend de quelle façon ils joueront, le timing est parfaitement réparti, les maîtres français sont fairplay. Le son d’Agoria, qu’il revendique lui-même comme ouvert aux expérimentations et éclectique, se voulait ce soir là franchement deep. Pas de remix des XX ou des Raptures cette fois-ci, pas de son bien connu qui allait embraser le public. Retour aux sonorités qu’il avait pu expérimenter plus tôt, un son plus dure et plus froid, plus en accord avec celui de Deep.

Planant gentiment sur le son d’Agoria depuis la file des toilettes, je me rappelle que je n’étais pas revenue au Kao depuis février 2009 (set de Paul Kalkbrenner, à l’époque où il ne remplissait des jauges plus modestes et descendait muni de sa flightcase se griller une clope à la fin avec le public). L’avantage, c’est que ça n’a pas vraiment changé. L’inconvénient, c’est que depuis j’ai muri. Je ne me souvenais pas qu’il n’y avait qu’un seul toilette pour les filles. Et j’ai été assez choquée de constater qu’il ne fermait même pas de l’intérieur. Pas de panique, les filles sont sympas mais surtout nombreuses dehors dans la queue.

Bref, on voudrait rester, mais l’ambiance vire selon nous au scandale. JC m’annonce deux bastons à l’étage, le son est bon, mais l’atmosphère trop lourde, à 3h on s’appelle un taxi. Affaire de mission, de prédisposition ou d’inhibition, la sauce ne prendra pas. Le seul point sur lequel nos corps et nos visages semblent à peu près s’accorder, le son est à la hauteur des attentes (si pour certains il y en avaient).

 

Saphia P.
Crédits Photo : JC (Inner Side Prod)

 

 

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