Nintendo & Magnum Photos au Bleu Du Ciel

La célèbre marque de jeux vidéos Nintendo a offert à Martin Parr, Thomas Dworzak et Gueorgui Pinkhassov, trois photographes de l’agence Magnum, un voyage régressif et plutôt fou au pays de la 3D. Le résultat est visible à la galerie Le Bleu du Ciel jusqu’au 21 avril. Pour ce projet, Nintendo a eu l’idée de créer « la première exposition de photos en 3D sans lunettes sur une console de jeu vidéo portable » (rien que ça) et a donc confié sa dernière console en date, la Nintendo 3DS, qui permet de prendre des photos en 3D que l’on voit en 3D et ce sans lunettes (c’est complètement dingue…) aux trois photographes de l’agence Magnum et leur a donné carte presque blanche.

Consoles devant une photographie de Thomas Dworzak, Graduation ceremony in the Novotsherkassk Cossack cadet corps. RUSSIA. Novotsherkassk. Stavropol Region. 1997.

Nintendo on imagine que ça vous parle (au cas où pour rappel c’est eux qui ont créé Mario Bros, Donkey Kong, Mario Kart et autres « divertissements interactifs ») mais Magnum peut-être moins. Magnum, c’est une agence photo crée en 1947 par Henri Cartier-Bresson, Robert Capa, George Rodger et David Seymour qui regroupe aujourd’hui le gratin du photojournalisme international. Les trois photographes de l’agence choisis présentent chacun des univers bien différents. L’œuvre Martin Parr est ludique et colorée, sarcastique et aussi parfois très décalée. Gueorgui Pinkhassov nous plonge dans un univers plus pictural et théâtralisé. Le travail de Thomas Dworzak, reporter de guerre, s’inscrit dans quelque chose de beaucoup plus dur, ses clichés sont bouleversants.

Carte presque blanche, disons-le. Thomas Dworzak était présent à Lyon mardi dernier lors du vernissage. Il participe au projet tout en exprimant son regret de ne n’avoir pu « faire que des plages » (sous-entendu des paysages). Il aurait préféré faire « quelque chose de plus classique et de plus sérieux, partir en Lybie par exemple ». En Lybie il y est allé, sur d’autres conflits d’ailleurs aussi, mais ce qu’il en ressort pour Nintendo, ce n’est quand même pas son crédo habituel. Il fait d’ailleurs une remarque concernant la nature même de certains jeux vidéos. Si « les guerres, les conflits et les combats » sont largement représentés, pourquoi alors ne pas justement travailler ces thèmes là ? On nous dit chez Magnum qu’une année d’actualité en 3D sera confiée à Thomas Dworzak, affaire à suivre…

Thomas Dworzak durant l’exposition à Paris

C’est une idée qu’envisageait Clément Saccomani, chef de projet chez Magnum, lors du vernissage. Bien conscient des évolutions techniques, de la démocratisation du partage des images et du marché qui entoure la photographie, il nous rappelle que ce premier partenariat est « une opération un peu plus ludique, qui plait à tout le monde et démocratise un peu tout ça. ». Mais il n’en oublie pas le travail et le rôle des photographes, et tout particulièrement ceux de chez Magnum. Utiliser la console 3DS n’a pour lui rien de dégradant, les appareils dits classiques n’ont pas l’exclusivité des sujets sérieux. « On nous raconte la guerre aujourd’hui et ce qu’on sait des révolutions arabes avec un iPhone, avec un smartphone . Quelque soit le médium, ça ne change pas grand chose de ce qu’on nous raconte » disait-il lors du vernissage de l’exposition à Paris en septembre dernier. Il s’agit donc de cela. Si Thomas Dworzak constate la piètre qualité de l’appareil 3D, il n’est pas contre pour autant. C’est pour lui l’occasion de travailler différemment, de profiter peut-être aussi d’un nouveau rayonnement et de justement s’écarter de « ce danger d’élitisme, ne plus faire de la photographie seulement pour les photographes, (..) là idéalement c’est le contraire ».

Alors Magnum qui collabore avec Nintendo pour exposer dans une galerie ? Ce partenariat pour le moins surprenant évoque un peu la démarche des conservateurs du Château de Versailles quand ils invitent des artistes contemporains tels que le controversé Jeff

Photo Console 2Koons ou Takashi Murakami à exposer dans leurs murs, mais à l’envers. C’est ici Nintendo qui a sollicité Magnum à des vues promotionnelles, autrement dit c’est le contemporain qui sollicite le classique, le domaine du graphisme des jeux vidéos -qui tente de se faire une place légitime au sein des arts numériques- qui sollicite les institutions que représentent les galeries et revendique sa place. L’administrateur de la galerie Damien Blanchard était lui aussi présent au vernissage et nous rappelait l’importance de cette exposition, « raisonner en terme d’image, et non pas en terme d’appareil ». Le Bleu du Ciel offre donc à voir « qu’on pouvait utiliser un nouveau médium et qu’au final, prendre une photo, ce n’était pas uniquement avec un appareil photo classique, mais se décomplexer justement de cette utilisation de l’appareil photo ».

Cette exposition a l’avantage d’apporter quelque chose de relativement nouveau : un très bon compromis entre art et divertissement, entre ces arts dits « populaires » et un autre peut-être un peu plus élitiste. L’occasion de découvrir le nouveau produit Nintendo pour ceux qui n’étaient peut-être pas familiers des jeux vidéos, celle aussi (et surtout) de découvrir le travail de ces photographes d’une façon plus générale.

Ah Cé & Saphia P.

 

Le Bleu du Ciel
48, rue Burdeau
69001 Lyon
Tél. : 04 72 07 84 31

Du 29 mars au 21 avril 2012 du mercredi au samedi de 15h à 19h
Évènement facebook ici

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