Nuits Sonores vu par un néophyte

Nuits Sonores aux Anciennes Usines Brossette. Crédits Photo : Brice Robert

Perso j’étais saoulé par les nuits sonores quand ça a commencé. J’avais la mâchoire basse, les yeux pochés et je ruminais une ritournelle blasée du style : « ça y est c’est parti, le truc va durer cinq jours, je vais faire deux nuits, deux apéros, je vais dépenser à peu près 150 euros alors que je ne suis qu’un pauvre parasite, je vais être tellement perché que de toutes façons je saurai même pas qui j’ai vu, je vais me payer des gueules de bois tellement violentes que ce sera des gueules de vibranium (matière du bouclier de Captain America), je vais croiser des gens que j’avais pas envie de voir, je vais m’embrouiller avec ma copine, je vais tomber amoureux d’un de mes potes, je vais bouffer n’importe comment… bref ça va être une merde infinie ».

Bon. Je dois avouer qu’au final c’était génial. Alors je fais les nuits sonores chaque année depuis que je suis à Lyon, et pour moi, avec celles de 2008 (ma première année), ce furent les meilleurs. Alors vous me direz : « oui mais ça dépend du contexte, des gens avec qui t’es, de la programmation, du lieu, enfin tout ça quoi ! », et vous aurez entièrement raison. N’empêche que cette année, d’après ce qu’on m’a dit parce que moi j’y connais rien, la programmation était plutôt béton. D’habitude on nous brosse dans le sens du poil avec Laurent Garnier et on fait appel à notre chauvinisme avec Agoria. En très court résumé, pour moi les trois dernières années c’était ça les nuits sonores, mais bon c’est très certainement du à mon ignorance presque totale en matière de musique électronique.

Hé bien cette année mesdames messieurs, j’ai carrément retenu le nom des artistes que je suis allé voir tellement j’ai kiffé, et croyez-moi j’étais pas moins perché que les années précédentes !

Alors dans un ordre qualitatif (subjectif bien entendu) croissant, j’ai retenu d’abord Seth Troxler pour la nuit 1, qui m’a gentiment permis de dépenser en sautant toute l’énergie que j’aurais utilisé à vomir s’il n’avait pas été là. Merci donc à toi, homme au blaze imprononçable pour tous ceux qui comme des cons ne sont pas « fluent » en anglais. Cette même nuit, j’ai bêtement raté Simian Mobile Disco pour cause de friterie conjugale. Apparemment « c’était ouuuuf », ai-je entendu le lendemain. « Je n’en doute pas », disais-je avec un haussement d’épaules et une voix éclatée, toujours pour cette même raison évoquée plus haut. Bon voilà c’est le genre d’action qui nous arrive à tous (sauf les célibataires), et que vous comprendrez donc aisément, chers lecteurs dont j’implore l’indulgence. Du coup à part Seth Troxler, j’ai pas entendu grand-chose, vu que je passais mon temps à essayer de retrouver les gens, de pas les perdre, à envoyer des textos pour retrouver d’autres gens, à aller aux toilettes, à commander des bières… mais c’était quand même vachement bien.

Heureusement, la nuit 3, elle, fut magique. Elle commença très tôt, avec l’apéro sonore devant le théâtre des célestins. C’est toujours cool là-bas, le lieu se prête à la convivialité et le bureau de tabac juste devant s’en met plein les fouilles. À ce propos, pensez, si jamais vous en avez l’occasion, à jeter un œil aux photos du buraliste, au-dessus de son comptoir : y’en a des vraiment supers, dont une avec Julien Courbet (le présentateur) et une avec Nikos ! Dommage qu’il ne soit pas parvenu à réunir les deux sur la même photo, c’eut été mythique.

Arrivés aux anciennes usines Brossette vers minuit et demi avec un ami, deux shooters d’absinthe (de la vrai à 80°, je suis un déglingo) et un nombre inconnu de bières dans la façade, nous nous dirigeâmes, après avoir retrouvé chacun nos amis respectifs et ingéré une dose nécessaire de vitamines, vers la scène 2. Nous allions y rester jusqu’au bout. En effet, Caribou dans un premier temps, puis Gesaffelstein (lui aussi lyonnais ai-je supposé le lendemain par l’intermédiaire de sa page facebook dont le statut louait le plaisir de « jouer à la maison ») nous ont transporté dans un autre monde. C’est pendant le set du deuxième que je suis tombé amoureux des trois amis qui m’entouraient, et de la terre entière si elle s’était présentée, que j’ai rendu hommage au plafond en levant bien haut mes bras, paumes ouvertes et le visage baigné d’une lumière divine, un son à la fois tendre et puissant coulant dans mes oreilles, telle le nectar et l’ambroisie au royaume des Dieux. C’était divin, justement, et j’avais envie de pleurer en rentrant chez moi, comme le gamin que j’étais, assis à l’arrière de la voiture au retour des vacances. Ouai, la nuit 3 fut incroyable, inoubliable.

Du coup j’ai même pas envie d’en dire plus, si ce n’est que le spot était vraiment excellent et bien plus adapté que le marché gare à mon avis, que Lyon déchire, et que les nuits sonores resteront probablement le meilleur festival electro d’Europe, si les organisateurs continuent à assurer de la sorte.

 L.H

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