Jeu concours de l’été : #2 Le graffiti

Il y a deux semaines, on te parlait des fresques lyonnaises. Il y avait bien une raison à cet écart touristico-patrimonial. On avait un but : te parler du graffiti et du street art.

Il y a deux semaines, on te parlait de Yaze, mais si tu es un fidèle lecteur, tu sais que le graff a été plusieurs fois au cœur de notre rubrique « Art » : Manola, Lyonbombing

Crédit Photo - Manola

 

Il y a deux semaines, on a lancé un jeu concours (Gros Lot de 1000€ remporté par Elo, motivée pour vagabonder dans les rues lyonnaises à la recherche de l’homme aux rouflaquettes : il se trouve à Villeurbanne, au théâtre des Charpennes, rue Gabriel Péri). Alors lecteur chéri, étudiant fauché qui paye quand même son loyer en plein été ou celui qui souhaite pimenter ses vacances d’été, sache qu’il y a encore 1000 € à la clé aujourd’hui !

Alors cette semaine, on va faire palpiter ton talent et ta volonté avec un jeu lié au graff encore plus enthousiasmant… tu verras de quoi il s’agit à la fin de l’article, il faut donc le lire d’abord et pas le survoler jusqu’à la question (oui, on sait ce que c’est d’être en vacances.)

On disait que peindre sur un mur était avant tout une volonté de changement. On peut certes discuter des qualités esthétiques de cette forme artistique, se questionnant sur le statut des fresques trompes l’œil ou sur celui des graffs et des tags, des pochoirs, des affiches de street art : est-ce vraiment de l’art (soit tenté qu’une chose de ce nom existe comme telle) ? L’intérêt que nous portons à ces peintures urbaines ne se situe pas là. Ce que nous apprécions et ce que nous voulons transmettre, c’est qu’elles essayent par tous les moyens de nous laisser nous échapper de la monotonie du quotidien et de nous emmener au musée sans avoir à faire l’effort d’y aller.

Qu’on flâne dans les rues, de la façon que décrivait Baudelaire, avec les yeux curieux d’un enfant qui s’égarent de la signalétique rigide et des panneaux publicitaires envahissants ou qu’on effectue comme une bête de traie notre trajet maison-métro-boulot, on est surpris par les touches de couleur ou les graphies intrigantes que proposent les différentes formes de peinture urbaines, illégales, légales, alternatives ou institutionnelles…

Le graff est supposé (on dit bien « supposé ») être la forme d’art urbain « subversive » qui est la plus connue et reconnue et la plus ancienne (dans la mouvance du street art et compagnie – on est bien conscient qu’il existe plus ancien, les hommes des cavernes peignaient bien des mammouths sur les parois de leur grotte où résidait tout leur village…) La naissance du graffiti est disputée par plusieurs écoles – on lui donne des années et des lieux différents, ainsi que des initiateurs qui n’ont rien à voir. La plus entendue est la suivante : le graffiti est né à la fin des années 70 à New-York où des jeunes des « ghettos » (a.k.a. « du tiékar t’as vu ») recouvraient les rames de métro de leur blaze (la signature de leur pseudonyme) ou de leur crew (le collectif de graffeurs auquel ils appartiennent) peints à la bombe aérosol (de peinture pas de déodorant, ça va de soi).

Divers styles aux codes esthétiques précis émergent : on note à l’époque notamment trois styles représentatifs du « vandal » (comme son nom l’indique, il s’agit des graff qui n’ont pas le droit d’être là où ils se trouvent, ceux qui sont illégaux et qui sont considérés par le Code Civil « d’acte de vandalisme, dégradant l’espace public ») : le bubblestyle (ou throw-up ou flop) désigne des graffitis réalisés rapidement, avec une écriture arrondie, parfois ornée d’un remplissage, d’ombrages ou de reflets ; le blockletter qui se définit par des lettres de forme cubique, qu’on déchiffre facilement car la typographie est assez minimaliste, privée de toute fioriture ; et enfin, le wildstyle est style très libre qui regroupe les graffitis à la typographie la plus élaborée, tellement compliquée qu’elle en devient parfois illisible. Les pratiques évoluent constamment et un nombre incroyable de styles existent – notamment le tag (qui consiste à signer à la bombe ou au marqueur son blaze ou des petits mots doux tels que « NTM » (qui signifie of course « nos toutous mignons ») ou les fresques, incluant moulte styles et persos (des bonhommes), faites avec plus de temps et de minutie…

Le vandal est – pour plusieurs sociologues et anthropologues des années 80 et 90 (Alain Milon et son ouvrage « L’étranger dans la ville » pour n’en citer qu’un) – une forme de rébellion envers la société. C’est en quelque sorte un hurlement qui crie « nous aussi on existe ! » par le biais des pseudonymes qui clament l’identité des auteurs, sensés êtres exclus de la société par leur résidence dans les ghettos et autres cités malfamées. Là encore, on dit ça à titre informatif – il y a bien longtemps qu’on sait que les graffeurs ne sont pas tous des petites kaïras à capuches (bien au contraire, ils ne viennent souvent pas de la rue mais ils y descendent pour des besoins “populaires”) et qu’ils se sont diffusés ailleurs que dans le métro et la banlieue (à ce propos, celui qui a déjà vu une rame graffée à Lyon est prié de s’adresser à MIIY pour nous faire parvenir des photos !)

Toujours est-il que le graff, sorti de ses conditions d’origine, existe encore. Il est partout où il n’y a rien. Oui, ils occupent ces lieux que certains appellent les « non-lieux ». Marc Augé est sûrement le premier à avoir proposé ce terme en contradiction avec l’appellation de « lieu » définie par Michel De Certeau qui considère celui-ci comme étant à la fois identitaire, historique et unique. Le non-lieu lui, définit un espace ubiquitaire, anonyme et neutre – par exemple : le mur des Canuts est un lieu puisqu’il existe une seule fois, qu’il a une valeur historique et une adresse ; un graff sous un pont d’autoroute serait un non-lieu. En effet, on retrouve les vandals dans ces lieux qui n’appartiennent à personne, qui sont des lieux de passage et des espaces semblables à d’autres partout dans le monde (un banc, un panneau d’affichage JC Decaux, une porte de toilettes de bar (pas forcément miteux), un arrêt de bus, un store de magasin, dans les friches industrielles (RIP) ou encore – et Lyon est particulièrement gâté en ce domaine – les abords du périphérique et des voies ferrées…)

Forme de rupture avec l’ordre établi de la ville, le graff, dans ses formes graphiques, est là où rien ne doit être. Les graffeurs ont une technique proche du TOC (c’est facile, en tout bien tout honneur) : ils peignent frénétiquement les surfaces vierges et planes, le plus possible dans des coins inaccessibles mais hautement visibles… Le caractère subversif et agressif du graff, renversant les codes esthétiques de l’art, n’est peut être pas un moyen d’égayer l’espace urbain ni d’offrir une exposition à ciel ouvert puisqu’il est là où on ne s’attarde pas, là où notre regard ne se pose qu’à peine… Par contre, si l’histoire d’une demi-journée, on s’amusait à suivre le parcours qu’il dessine, on ferait sûrement une promenade alternative aux chemins institutionnels et officiels de l’art, de la culture et des formes écrites lyonnais et on ferait des belles rencontres (avec des blazes qu’on s’amuserait à retrouver dans nos pérégrinations)

Alors, cher lecteur, vu qu’on pense que cette ballade serait peut-être une des plus entrainante, intéressante et innovante que tu puisses faire, on t’invite à y aller… et pour les besoins du jeu-concours, à prendre ton appareil photo (ou ton téléphone, ça fera l’affaire).

Hé oui, tu as peut-être remarqué qu’aucune photo n’illustre l’article ? C’est normal, le jeu de cette semaine est un concours photo.

Choisis la photo (que tu as prise) qui illustre le mieux cet article et envoie là à out@miiy.fr.

La meilleure aura l’incontestable chance (et mérite) d’être publiée dans cet article (au moins aussi digne que la Une de Libé ou la couv de Vogue !)

(Et oui, petit lecteur crédule, les 1000€, c’était encore une blagounette).

Agathe W.

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